|
Le 18 janvier 2026 Théa, après deux ans de cheminement, était baptisée dans notre paroisse. Trois mois après, suite à une longue maladie, elle rejoint le Père. Vous avez à disposition les homélies du Père Jean CASANAVE pour son baptême à Saint Pierre d'Irube et ses funérailles le 20 avril à Navarrenx. |
|
Tous les parents le savent, tous les parents le disent : « Il n’y a pire souffrance que celle de perdre un enfant ». A la mesure de notre seule raison limitée, mourir à 23 ans paraît totalement absurde et déraisonnable. Quand, en outre, le papa est médecin, il peut mieux que quiconque évaluer et anticiper la gravité de la maladie. Et malgré le fardeau de ce souci, il se doit d’accorder à ses patients toute son attention. Cruelle situation ! « La vie est mal faite » me disait une personne à qui j’annonçais le décès de Théa. Est-ce la vie qui est mal faite ou nous qui oublions qu’elle est une fragile victoire sur la mort ? La veille du décès de Théa, deux minutes avant que j’apprenne l’aggravation de son état, je lisais ceci dans l’office du jour : « Par le bain du baptême, Dieu nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur ; ainsi par sa grâce, nous sommes devenus des justes, et nous possédons dans l’espérance l’héritage de la vie éternelle ». En lisant ce texte de St Paul, je pensais bien sûr à Théa qui avait reçu le baptême il y a trois mois et je m’apprêtais à le lui envoyer mais il était déjà trop tard. Nous avons beau croire que depuis notre baptême (si nous l’assumons vraiment) nous sommes déjà dans la vie en Dieu, la vie éternelle, deux questions demeurent cependant ouvertes : pourquoi passer par la mort ? Et après la mort qu’est-ce qui nous attend? L’expérience des croyants consignée dans la Bible nous dit que le péché des êtres humains, créés pour refléter l’image de Dieu, a gravement perturbé leur existence et celle du monde. La perspective d’une mort que nous considérons comme absurde et sans issue a bouché notre horizon et du coup profiter sans limite de cette vie est devenue pour beaucoup la seule loi, le seul idéal, quitte à briser, à casser et à supprimer le gêneur ou le concurrent. Le climat de guerres et de violences qui est le nôtre en est l’illustration parfaite. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que si, depuis que le monde existe, nous avions consacré au service de la santé et de solidarité tout l’argent et tous les moyens gaspillés dans les guerres, la vie sur terre serait plus respirable pour tous. Mais il y aurait toujours la mort. Et malgré tous les progrès réalisés pour atténuer la douleur, il restera la rupture avec tout ce qui fait l’essentiel de notre existence c’est à dire notre vie de relations. Et c’est là que la douleur animale devient souffrance humaine. Mais déjà dans la première Alliance, l’ancien Testament, une fenêtre nous est ouverte : la mort de quelques grands amis de Dieu nous est présentée comme un enlèvement, une assomption. Alors, pourquoi à la suite de la Résurrection du Christ et de notre baptême la souffrance de la mort ne serait-elle pas vécue comme celle d’un enfantement à une vie nouvelle ? Cette perspective changerait tout et dans la conduite de notre vie et dans l’affrontement de notre mort. Depuis toujours les croyants et les théologiens ont essayé d’esquisser une description de cette vie éternelle au-delà du seuil de la mort. Malheureusement, nous n’avons à notre disposition que des images qui nous laissent sur notre faim car nous ne savons en parler que par référence aux limites de notre vie actuelle. Or la vie éternelle ne peut pas être une simple compensation de nos déboires terrestres. Alors quel secours nous reste-il pour envisager une vie autre qui échappe à nos vagues suppositions. Il nous reste, à nous, qui « possédons dans l’espérance l’héritage de la vie éternelle », il nous reste à affronter la nuit et à accomplir dans l’obscurité un immense acte de foi semblable à celui de Marie au pied de la Croix quand tout s’effondrait pour elle et pour son Fils. Marie, à qui Théa a voulu se confier à Lourdes, le jour de Pâques, avant d’entamer sa dernière hospitalisation. Oui, avec l’Apôtre Pierre et avec Théa chacun de nous peut redire « à qui irions Seigneur toi seul a les paroles de la vie éternelle » Amen |
|
Prière Universelle pour les obsèques de Théa.
Merci Seigneur, pour la confiance, le courage, la douceur, la paix, la lumière qui rayonnaient de la présence de Théa Merci Seigneur, par son regard tourné vers le Ciel, Théa a été un exemple de foi pour nous Merci Seigneur, pour les reflexions et questions de Théa qui rejoignaient les notres et nous aider à progresser et à soutenir notre espérance.
Prions pour sa famille, ses amis et tous ceux qui sont aujourd’hui dans la peine. Que ton amour apaise la douleur de la séparation et que leurs regrets ne soient pas sans espérance. Nous t’en supplions. Prions pour les malades et pour tous ceux qui souffrent ; pour tous ceux qui les soignent et les entourent : accorde leur force, courage et espérance. Nous t’en supplions. Prions pour tous ceux qui croient en la résurrection et pour tous ceux qui cherchent la Vérité, pour nous-mêmes et pour tous les hommes. Seigneur, donne au monde la paix et fais nous grandir dans l’amour de nos frères. Nous t’en supplions. |
![]() |
|
Le jour du baptême de Jésus par Jean, comme le jour de notre baptême, comme le jour de la rencontre entre Dieu et le serviteur d’Isaïe ou l’auteur du psaume ou St-Paul, un dialogue s’est ouvert. Parce que le Seigneur a dit « tu », quelqu’un, Jésus, le serviteur, l’auteur du psaume, St-Paul, chacun de nous, a pu dire JE. « Je viens vers toi qui t’es penché sur moi. » « J’aime ta loi qui me tient à cœur, aux entrailles. » « Je ne retiens pas mes lèvres, tu le sais. » « Je dis ton amour et ta vérité à la grande assemblée. »
Jean-Baptiste, lui aussi, après avoir entendu et vu, a parlé en « je ». Qu’est-ce qu’il a entendu ? Qu’est-ce qu’il a vu ? Qu’est-ce qu’il a dit ? Il a entendu le Père qui l’a envoyé baptiser dans l’eau. Il a vu Jésus venir vers lui. Et il a dit « JE », avec une grande humilité.
Deux fois il dit : « Je ne le connaissais pas ». Étonnant ! N’est-il pas son cousin ? Ses disciples et ceux de Jésus ne se fréquentaient-ils pas ? Regardons autour de nous et en nous. Nous nous disons chrétiens, mais qui est le Christ pour nous ? Laissons-nous enseigner par l’expérience des catéchumènes ou de ceux qu’on appelle les recommencants. Auparavant ils connaissaient le Christ… sans vraiment le connaître. Il a fallu un évènement, un déclic, une relecture, pour réaliser qu’il était un frère, un ami, le Fils du Père, et ils ont vécu cela comme une révélation, une connaissance nouvelle. Leur vie en a été transformée, comme par une expérience amoureuse. C’est sans doute ce qui s’est passé ce jour là pour Jean à propos de Jésus : « Il était derrière moi et il est passé devant, car avant moi il était. » Saint-Augustin dira : « Tu étais au dedans, et moi au dehors. (…) Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi. (…) Tu m’as appelé, tu as crié, et tu es venu à bout de ma surdité. Tu as répandu ton parfum et je l’ai respiré. Tu m’as touché et je brûle du désir de ta Paix. Quand je te serai attaché de tout mon être, il n’y aura désormais nulle part pour moi de douleurs et de fatigues ; ma vie, toute pleine de toi, sera alors la véritable vie. » (Confessions X, 27-28)
Deux fois il dit : « J’ai vu. » « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur Lui. » « J’ai vu et je rends témoignage. Il est l’Agneau de Dieu. Il est le Fils de Dieu. »
Jean est la main ou le doigt qui indique la lumière. Le proverbe dit « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. » Jean est ce doigt entièrement tourné vers Jésus, qui n’existe que pour Jésus. Il est la voix qui porte la Parole. Il est la lampe qui porte la Lumière.
Grâce à lui, grâce aux catéchumènes qui cherchent un sens à leur vie et aspirent à renaître de l’eau et de l’Esprit-Saint, nous faisons mémoire et nous renouvelons notre propre baptême. Pour Théa, baptisée aujourd’hui, ton baptême est une nouvelle naissance dans l’Esprit-Saint. Parce que le Père met en toi sa joie, tu es sa Fille bien-aimée. Parce que le Fils vient vers toi et te parle comme un ami parle à un ami, tu peux dire « Je », être autrice de ta vie. Parce que l’Esprit-Saint descend comme signe de Paix et de Tendresse au plus profond de ton être, tu deviens toi aussi rayonnante de sa Douceur et de sa Paix.
Et moi ? Et nous ? Si on me demandait comme Jean de témoigner, qu’est ce que je dirai ? Quelle expérience je raconterai ?
Je rêve que chacun, sur le chemin spirituel qui est le sien, puisse dire comme Jean-Baptiste, avec un sentiment émerveillé de révélation : « Oui, c’est vrai, je ne le connaissais pas... » ou bien chanter le simple refrain de Taizé : « Jésus, ma joie, mon espérance, et ma vie ! » ou dire « Tu es l’ami qui m’accompagne tout au long de ma vie. Celui qui me fait marcher sur mes deux pieds, celui de l’amour de Dieu et de l’amour de mes frères.
Dans quelques instants, sur cet autel, nous entendrons : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Heureux les invités aux noces de l’Agneau. » C’est, je crois, le rôle du prêtre de montrer Celui à qui on a donné sa vie, et de se retirer pour lui laisser la place, et je crois pouvoir dire que l’abbé Benat Fourgs l’a vécu pleinement, à sa manière unique, en disant « je ». Pour tout ce que nous avons reçu de lui, nous remercions le Seigneur.
Je termine par un message spécial pour toi Théa : Le 3 août dernier à Tor Vergata, dans la banlieue de Rome, le pape s’est adressé aux jeunes. Et bien-sûr il n’a pas manqué de leur parler de son maître, Saint Augustin, et de sa recherche intense de Dieu, qui lui faisait se demander : « Quel est donc l’objet de notre espérance […] ? Est-ce la terre ? Non. Est-ce quelque chose qui vient de la terre, comme l’or, l’argent, l’arbre, la moisson, l’eau […] ? Ces choses plaisent, elles sont belles, elles sont bonnes (...) Cherche celui qui les a faites, c’est Lui ton espérance » (Sermon 313/F, 3). Et il concluait : « Notre espérance, c’est Jésus. (…) continuez à marcher avec joie sur les traces du Sauveur, et contaminez tous ceux que vous rencontrez avec votre enthousiasme et le témoignage de votre foi ! » |