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C’est moi l’artiste, dit Dieu, tu es mon vase d’argile ! C’est moi qui t’ai modelé, façonné, tu es une merveille au creux de ma main ! Mais tu n’es pas encore achevé ! |
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Voici que tu te désoles, et que tu désespères parce que tu as pris quelques fêlures au contact des autres. Tu t’es heurté, tu as été ébréché, tu as même pu tomber par terre et te briser en mille morceaux ! N’oublie pas : c’est ta condition de vase ! Si je t’avais rangé dans un placard à vaisselle, tu ne connaîtrais pas ces heurts de la vie, mais tu ne servirais à rien, ni à personne ! Tu serais un vase inutile ! Ils se sont frottés au monde ! Et toi, tu voudrais être lisse comme un nouveau-né ? Je te connais, ô toi que j’ai façonné avec tant d’amour ! Tu es fait de boue, mais aussi de lumière ! A ne regarder que tes failles, tes faiblesses et tes chutes, tu en restes prisonnier ! |
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C’est moi l’Artiste, et je m’y connais dans l’art de reprendre un vase. Laisse-toi faire ! Fais-moi confiance : j’arrive toujours à rendre plus beau
ce qui n’était que fêlure, brisure, cassure. Je mets la « Vie » ! Je donne le « Souffle » !
Expose-moi tes fêlures ! J’aime à te regarder, tel que tu es, tu réjouis mon coeur ! A force de te pétrir, je te communique ma chaleur, mon souffle, ma chaude tendresse. Chaque fois que tu retombes, je te dis : « Viens et continuons ensemble ! » Allons, n’aie pas peur : parce que c’est moi, l’Artiste… |
| Charles Péguy |
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